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Une institution de droits civils pour la défense des opprimés et
prisonniers de conscience qui fournit des informations vérifiées sur les
Droits de l'Homme en Mauritanie |
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L’offensive de répression violente qui bat son plein en Mauritanie Rapport publié le 24 mai 2003 1 Le contexte En Mauritanie le prétendu processus de démocratisation est une suite ininterrompue de répression : arrestations arbitraires pour délit d’opinion, tortures d’opposants, dissolutions de partis politiques d’oppositions, chasse aux organisations de défense des Droits de l’Homme, censures de journaux. Pour museler la société civile, vous aller le voir plus loin, le pouvoir dispose en plus de l’antique prétexte de « menace sur la sécurité de l'Etat » de celui, très à la mode, de «terroristes islamistes à la solde de pays étrangers». Des manifestations pacifiques n’avaient jamais cessé depuis que le régime mauritanien a établi en 1999 des liens diplomatiques au plus haut niveau avec Israël en dépit de la protestation énergique et unanimes de tous les acteurs politique, sociaux et culturels du pays. Des manifestations toujours pacifiques et toujours sauvagement réprimées ont accompagné la deuxième Intifada en automne 2000. Des dirigeants de l’opposition avaient été sévèrement battus à l’époque pendant leur garde à vue et le régime avait dissolu deux partis politiques. Le président du Front Populaire Mauritanien croupit toujours en prison depuis le 8 avril 2001 dans des conditions de détention insupportables. Il est condamné avec deux membres de son parti pour la fameuse « association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de sabotage et de terrorisme». Les manifestations pacifiques prirent également de l’envergure avec la crise irakienne pour dénoncer la mise par le pouvoir à la disposition des américano-britanniques de ses militaires formés en Irak sur la cryptographie à l’irakienne. 2 L’offensive Tous s’est passé très vite : le 30 avril 2003 à 23 heures la police mène une perquisition sans mandat au siège du Parti de la Renaissance Nationale (PRN). Elle emporte les registres et les listes des membres du parti avant de revenir trois jours plus tard, le 3 mai à 11 heures, pour procéder à la fermeture du siège. Durant ces trois jours elle aura arrêtés 15 membres du parti, notamment sa direction et son Secrétaire général Muhammad Abdallah Ould Eya, professeur à la faculté des lettres. Le 4 mai à 18 heures c’est l’arrestation de Muhammad Jamil Ould Mansour, maire opposant du plus grand département de la capitale Nouakchott et membre du comité d'un des principaux partis d'opposition, le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD). Le même jour à 23 heures c’est l’arrestation à la capitale économique Nouadhibou du Chaykh Muhammad al Haçan Ould ad Dadaw, connu par sa grande érudition et sa forte implication dans la vie culturelle et sociale. Il sera transféré le lendemain 5 mai à Nouakchott. Le 11 mai, on déplorait déjà une trentaine de prisonniers de conscience détenus au secret et, depuis, c’est la grande offensive de répression qui est mise en branle à l’encontre des acteurs de la société civile, opposants politiques, érudits et orateurs religieux, professeurs d’université, directeurs d’instituts, présidents d’ONG, magistrats, un ancien ambassadeur, le directeur de la bibliothèque nationale, des étudiants et, comble de l’infamie, la police politique a procédé, jeudi 22 mai 2003 pour l’Histoire, à l’arrestation de quatre dames connues et respectables dont un professeur chercheur en littérature moderne à l’Université de Nouakchott et un professeur d’anglais célèbre pour son engagement dans les activités éducatives et sociales. Des centaines de personnes sont aujourd’hui portées disparues : opposants, érudits, universitaires, orateurs, commerçants et bénévoles d’associations caritatives. Tous les détenus ont été arrêtés sans mandat, sans signification du motif de leur arrestation et sont toujours en prisons malgré l’expiration des délais de garde à vue. Ils sont détenus à l'isolement, ni leurs épouses, et désormais époux, ni leurs avocats n'ont pu avoir accès à eux. Des fuites font également état de pratiques barbares et violentes de tortures dans les lieux secrets que la police politique du pays aime appeler « laboratoires ». 3 Le prétexte Le pouvoir tente de faire passer ses opposants pacifiques, démocrates et attachés à une référence à l’islam pour des groupuscules radicalisés et violents. Attentats ces jours-ci à Casablanca et en Arabie Saoudite, attentats bien avant en Egypte, en Algérie et ailleurs. Jamais en Mauritanie, mais Ould Taya et sa bande de mafiosis ne perdent pas le nord et tout est bons pour renforcer la dictature. Il reste que les vrais acteurs sociaux dans les pays musulmans, les plus actifs sur le terrain et ceux dont l’ancrage dans la société est le plus profond se limitent depuis toujours à la stricte et rigoureuse lutte pacifique. C’est le cas au Maroc où un mouvement social qui aspire à une société égalitaire et démocratique revendique haut et fort depuis plusieurs décennies déjà - sans la moindre goûte de sang au bilan - son attachement à une référence à l’islam. C’est le cas aussi des oulémas Mauritaniens dont la figure emblématique est aujourd’hui celle du grand érudit Muhammad al Haçan Ould ad Dadaw et c’est le cas des élus du peuple dont Muhammad Jamil Ould Mansour est l’un des plus pertinents et des plus engagés. Leur lutte à tous et celle de leurs compagnons est tout autant intense et acharnée que clairvoyante et pacifique. Ces musulmans engagés - communément appelés islamistes - n’ont rien à voir avec les attentats ignobles de Casablanca, de l’Arabie Saoudite ou ailleurs. Il suffit de voir à qui profite le crime pour se rendre compte que les despotes carnivores sont en train de sucer le sang des malheureuses victimes pour se refaire une santé de sauvage. Les régimes dictatoriaux du monde musulmans le savent pertinemment et connaissent parfaitement la nature rigoureusement pacifique de la lutte que mènent ces opposants démocrates. Bien fidèle à l’esprit de l’islam et faisant de lui leur référence et la source première des valeurs universelles de justice, de liberté, d’égalité et de fraternité qu’ils défendent, ces opposants sont les ennemis les plus conséquents de la tyrannie en terre d’islam. Les dictatures veillent toujours à brouiller leur message et à ternir leur image, elles tentent de les ensevelir sous le vacarme sensationnel de groupuscules violents et radicalisés. Deux caractéristiques fondamentales les opposent cependant, catégoriquement. Les groupuscules violents sont superficiels et marginaux alors que les musulmans engagés s’investissent pleinement dans l’éducation et le social. Les derniers attentats de Casablanca sont très édifiants à ce sujet : en s’attaquant à des juifs Marocains innocents, les assaillants les poussent à aller en Palestine, c’est la meilleure façon de soutenir la politique d’Israël. Ces groupuscules superficiels ne se rendent pas compte que tout en criant mort au juifs, ils sont en train d’accomplir un acte – non pas seulement antisémite – mais éminemment sioniste. Ces groupuscules sont également coupés du corps social et la meilleurs manifestation en est que c’était la foule des passants de Casa au nom de laquelle on commet l’infamie - et non pas les policiers qui eux se soucient plus de répression que de sécurité - qui a capturé les assaillants. C’est d’ailleurs à cause de cette rupture avec la société que les groupuscules armés ne peuvent opérer que ponctuellement, d’où leur recherche systématique du spectaculaire. Précisons encore une fois qu’aucun type de groupuscules du genre n’a jamais vu le jour en Mauritanie. Le régime dictatorial de Ould Taya fait pourtant tout pour en fabriquer à des fins d’exportations économiques évidentes, tant le marché mondial en est demandeur de nos jours. C’est en cela que la campagne d’information et de conscientisation que mènent les derniers imams rescapés sur les ultimes tribunes libres des mosquées est pertinente et grandiose. Tout en dénonçant fortement et fermement l’arbitraire, ils appellent sans aucune ambiguïté à ne pas basculer dans la violence. Ils montrent ainsi le sens réel et la véritable portée du concept musulman du Jihad qui est d’abords une lutte interne et intime à chaque individu pour maîtriser ses propres excès, effort préalable de toute lutte externe contre l’oppression. C’est par cette lutte intensément pacifique et pacifiquement intense que les musulmans engagés arriveront à montrer à tous les citoyens du monde qui veulent l’entendre que les régimes dictatoriaux les trompent et qu’à trop en abuser en Égypte, en Tunisie et en Mauritanie, tout le monde finira pas reconnaître la combine malsaine derrière l’image du prétendu bouclier laïc contre le prétendu danger islamiste. Tellement l’oppresseur despotique de chez-nous n’est pas le sauveur salutaire des obscurantistes et tellement le prétendu islamiste de chez-nous est un homme libre, résolument juste et démocrate. 4 La résistance D’importants sittings pacifiques de contestation se sont formés dès le 5 mai à Nouakchott. Toutes les catégories socioculturelles étaient présentes. Fait nouveau : les petits commerçants de la capitale était au rendez-vous, ils ont même fermé leurs boutiques en signe de solidarité avec les détenus. Hommes et femmes se sont rassemblés par milliers devant le Palais de Justice, les mairies de l’opposition, les grandes mosquées et les Instituts d’études supérieures afin de dénoncer énergiquement l’arbitraire du régime Mauritanien. La police a dispersé de manière brutale et violente le sitting pacifique que les épouses des détenus animaient en face de la Direction de Sûreté. Les épouses et proches des détenus se sont regroupés quelques jours plus tard par dizaines dans un rassemblement en marge de la session parlementaire du 12 mai pour exiger la libération des leurs avant que la police ne vienne violer l’enceinte du parlement pour les brutaliser et les chasser, eux et les élus de l’opposition qui essayaient de les protéger. Les élus ont par la suite publié un communiqué de condamnation et déposé une lettre de protestation auprès du ministère de l’intérieur. Les manifestants ont en général fait preuve de beaucoup de maturité en évitant de répondre violemment à la police qui, à maintes reprises, les provoquait et les poussait à la confrontation. L’Observatoire Mauritanien des Droits de l’Homme (OMDH) a publié une lettre ouverte adressée au Chef de l’Etat Mauritanien par plus de 90 savants et orateurs du pays. Ils condamnent l’injustice faite à tous les opprimés quels qu’ils soient et considèrent que cette vague d’arrestation représente <<un précédent dangereux annonciateur de l’anéantissement des efforts de réforme, de la clôture des portes du bien, de l’encouragement de la corruption…>>. 5 La pression internationale La première réaction de France est venue du maire Vert du deuxième arrondissement de Paris. Il s’étonne dans un communiqué daté du 6 mai 2003 de l’emprisonnement pour délit d’opinion des élus du peuple et demande leur libération immédiate. Les Verts publieront par la suite un communiqué de condamnation le 23 mai. L'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) s’est, elle, déclarée dès le 8 mai très gravement préoccupée par le respect de l’intégrité physique et psychologique des prisonniers de conscience. L’OMCT demande la libération immédiate des détenus en l'absence de charges valables ou, si de telles charges existent, de les traduire en justice en garantissant leurs droits procéduraux. Amnesty International dénonce dans un communiqué daté du 12 mai la vague d'arrestations et considère qu’il s’agit de prisonniers d'opinion, détenus pour avoir exercé de manière pacifique leurs droits à la liberté d'expression et d'association. Le Parlement Européen, quant à lui a saisi l’occasion de la session consacrée aux Droits de l'Homme et à la coopération avec le Maghreb le 14 mai pour condamner l'impunité des crimes ethniques et les arrestations arbitraires actuelles des opposants en Mauritanie. La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) considère dans un communiqué du 23 mai 2003 que la lutte contre le terrorisme est un prétexte au musellement de la société civile. La FIDH considère ainsi que ces arrestations massives qui interviennent dans un contexte préélectoral relèvent d’une stratégie visant à museler toute forme d’opposition. Rapport publié le 24 mai 2003 par L’Observatoire Mauritanien des Droits de l’Homme lors d'une Manifestation de protestation sur le parvis des droits de l'Homme à Paris que l'Observatoire a organisé avec l'opposition mauritanienne.
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